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Rions un peu en attendant la banqueroute…

Bonne année, beaux nénés, je vous souhaite tous ce que vous voulez pour 2012.

Je dois dire que je suis en pleine forme ! Pas besoin de jouer les optimistes à deux francs, 2012 s’annonce riche d’événements cocasses avec cette présidentielle dont les enjeux seront la croissance en France, le maintien ou non de l’euro, la réduction ou le non-remboursement de notre dette, le train de vie de notre Etat, etc.

Que de sujet sujets sérieux me direz-vous ! Quel ennui ! Peu importe, on ne parlera presque pas de tout ça. On préférera causer immigrés, protectionnisme, « démondialisation », etc. Bref, ce sera certainement un beau concours d’ineptie, avec promesses de hausses des salaires et du nombre de fonctionnaires à la clé. Que voulez-vous c’est dans l’air du temps ! Ce serait d’ailleurs mon conseil aux candidats qui veulent gagner : soyez pragmatiques, faites populistes ! Vous devrez de toute façon tous obéir aux mêmes contraintes budgétaires après l’élection, alors autant se marrer un peu avant. Je ne me fais aucun souci pour Sarkozy, Le Pen, Mélenchon, mais je me demande si Hollande en sera vraiment capable…

Soyez pragmatiques !

Pour être moins bête quand arrivera cette échéance majeure de notre démocratie, voici quelques livres que je vous conseille. J’ai moi-même l’intention de les lire sous peu, il seront d’ailleurs l’objet de discussions ici.

This time it’s different, de Reinhard et Rogoff. Huit siècles d’histoire financière qui aident à comprendre à quel point nous sommes bien dans la mouise.

La liberté de choisir, de Milton Friedman. Quel est la nature de notre économie ? Néolibérale ou étatiste ? Revenir aux fondamentaux du libéralisme ne peut pas faire de mal, alors que l’on nous servir de l’anti libéralisme à toutes les sauces.

L’économie en une leçon, de Henry Hazlitt. Le best seller de l’un des pontes des libéraux de l’école autrichienne. Il m’a été recommandé par le stimulant Charles Gave (voir post précédent), très accessible par e-mail.


Et si plus de libéralisme était la solution de la crise ?

A force de chercher des explications à la crise, j’ai fini par tomber sur les arguments d’un libéral qui voit l’origine de la crise dans le reniement des préceptes… libéraux. Encore un ultra qui veut tondre ce qu’il reste à tondre avant l’Apocalypse ! Eh bien pas vraiment, tant Charles Gave a oublié d’être bête (voir son blog).

Selon lui, l’euro, et l’Europe, règle aujourd’hui la facture d’un péché originel, celui d’avoir renié au marché le pouvoir de déterminer le prix de l’argent. Car l’argent à deux prix (moi-même encore hier je ne le savais pas) : celui à l’intérieur (le taux d’intérêt) et celui à l’extérieur de son territoire (le taux de change). Or, l’euro et la BCE les ont figé tous deux.

So what, me direz-vous ? Charles, vite, éclaire notre lanterne ! Attention (roulement de tambour) : « Nul ne peut maintenir un taux de change fixe entre deux pays si la productivité du travail n’est pas la même entre les deux, sauf à organiser des transferts fiscaux du plus fort au plus faible. » Bon sang mais c’est bien sûr !
Petit flashback. Avant l’euro, la productivité allemande est supérieure à celle de l’Italie. Mais cette tare était alors compensée par la Lire, une monnaie bon marché comparée au Mark. Avec l’euro, du jour au lendemain, le capital se paye au même prix partout en Europe. « Même coût du capital, coût du travail plus élevé en Italie, que voulez-vous qu’il arriva ? Tous les investissements ont eu lieu en Allemagne, aucun en Italie. »

Il s’ensuit tout ce que nous constatons aujourd’hui : des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne ou la France qui sont condamnés à importer plus qu’ils ne produisent. D’où un déficit commercial structurel insoluble avec l’euro tel qu’il est aujourd’hui. La crise de l’Europe n’est pas financière, mais politique.

Notre système ne pourrait survivre que si l’Allemagne, et les autres pays riches, redistribuaient des milliards d’euros chaque année aux plus pauvres pour compenser ce désavantage compétitif. Charles Gave n’est pas le seul à le dire. Patrick Artus, dont la langue est plus polissée, rappelait récemment à une amie journaliste que c’est grâce à un système de compensation similaire entre états riches et pauvres que les Etats-Unis continuent d’être un pays uni.

Question : qui croît que l’Allemagne est prête à distribuer des milliards sans contrepartie ?


Les quotas de la FFF, un scoop marketing

Je sais Ousama est mort, et cela appelle beaucoup de commentaires. Mais j’aimerais revenir sur l’affaire des quotas de l’équipe de France. Je pense qu’elle est surtout instructive en ce qui concerne Mediapart, et plus largement le rôle du « scoop » dans les médias. Vous allez voir.

Comme chacun le sait, il y a eu une discussion à la FFF, des gens y ont évoqué des histoires de quotas dont il ne faudrait pas dire le non quand il s’agirait de sélectionner des joueurs binationaux. Discussion de comptoir ou prise de décision à effet immédiat ? On n’en sait rien, d’ailleurs tout le monde s’en fiche. Surtout Mediapart. Car dans cette histoire, il est question de foot et de racisme. Quel scoop pourrait être plus universel (Yannick Noah est entré dans la danse, c’est dire…) ? Edwy Plenel savait que, quelque soit la valeur de ces propos, ils rencontreraient un écho colossal. Mais il pensait surtout à ses abonnements.

"Je publie mes scoops les yeux fermés !"

Je n’aime pas beaucoup Plenel, le journaliste (relisez la Face cachée du Monde). En revanche, je suis admiratif de son flair, de son bagou. Or, Monsieur Plenel a un journal qui ne fonctionne que sur abonnement. Il a donc besoin d’alimenter le désir qu’il suscite auprès de ses lecteurs pour justifier qu’ils dépensent X euros par mois (5 ou 10 je ne sais plus) pour ses infos, quand le net regorge d’infos gratuites. Sa solution, il l’a trouvé avec l’affaire Bettencourt, quand il a habilement exploité des fuites judiciaires (point d’enquête au début), ses abonnement ont paraît-il explosé. A coup de « scoop », Plenel bâti donc progressivement, à lui et à Mediapart, une réputation d’incorruptible, de Grand Inquisiteur des Puissants, si précieuse dans la France de la défiance.

A mon sens, Plenel est le seul homme de presse qui a compris la puissance marketing du scoop. Oui, cela peut coûter cher en enquête, mais cela peut rapporter gros en image de marque. Dans un marché (celui de l’information) où la concurrence est acharnée (tout le monde a les mêmes infos quasiment au même instant), on ne peut se différencier, se valoriser qu’en endossant un style, un look, une attitude, qui va pousser le lecteur à s’identifier à mon titre. C’est très similaire à ce que l’on peut constater sur le marché du prêt-à-porter. C’est aussi pour cela qu’Edwy Plenel n’est pas pressé de nous dire s’il s’agissait d’une discussion de comptoir on non…


Very Angry Birds

Très bon résumé des révoltes arabes inspiré par le jeu sur iPhone Angry Brids. Enjoy.


Cantonales : le FN a râclé les fonds de terroir

Il y a d’abord Roger Marin, 93 ans, candidat FN aux cantonales à Blâmont, en Meurthe-et-Moselle. Pour ce grabataire en passe de devenir une star du web, l’essentiel est que Marine Le Pen passe. Sans autre ambition  : « Je veux pas faire autrement de politique. Venez pas m’embêter avec ça ! »

A un vol de cigogne de là, dans le canton d’Andolsheim, dans le Haut-Rhin, il y a Michel Ingold. Lui non plus n’a pas l’air en pleine possession de ses moyens malgré son –relatif – jeune âge. C’est un inconditionnel du King Elvis, au point qu’il est impossible de trouver une photo de lui où il n’est pas affublé de sa coupe en banane, de ses rouflaquettes et d’une paire de Rayban verre fumée jaune (qui n’est pas sans rappeler celle de Johnny Depp dans Las Vegas Parano). Je vous recommande la vidéo du débat d’entre deux tours organisés par les DNA. Au-delà du FN, leur point commun est évident : ce sont des clowns.

"Et alors le mec du PS je lui ai mis une quenelle grande comme ça."

A trois jours du deuxième tour des cantonales, il semble bien que Marine Le Pen ait raclé les fonds de terroir pour réunir ses 1 500 candidats à travers la France. « Ils sont allés en chercher qui ne veulent même pas être élus ! », m’a expliqué, en riant jaune, un militant UMP alsacien. Une preuve de plus que le FN est une impasse. Idéologique d’abord, mais aussi politique puisque ce parti n’a pas les moyens de ses ambitions.

Mise à jour 25/03, 15h49 :

Le thème de l’armée de bras cassé qui sert de base politique au FN dans cette élection fait florès. Marsactu, un site d’info marseillais, nous fait découvrir Mireille Barde, candidate pour un canton de Marseille. Elle est au deuxième tour avec 22,6 % des voix. Je vous laisse apprécier.


2 millions de frontistes : émoi, émoi, et moi ?

Depuis que le FN a sorti un bon score aux cantonales, Newsman a du mal a se mettre une info sous la dent. Avertissements, pleurnicheries, sursauts moraux… Tout ça ressemble à un remake sans inspiration des réactions post-21 avril 2002. Rien à en tirer… Aussi, me suis-je plongé dans un vieux bouquin de Hakim El Karoui, l’Avenir d’une exception.

L’auteur, un copain de Todd, s’y livre à l’estimation du « sous-emploi » en France. Extrait : « Le sous-emploi, c’est 2,7 millions de chômeurs, 2,6 millions d’employés précaires (CDD, intérim, stages, contrats aidés), 1,2 million de personnes soumises à un temps partiel contraint, 600 000 salariés en chômage diffus (plus de 78 heures dans le mois), 800 000 personnes à la recherche d’un CDD ou d’un emploi à temps partiel, 400 000 travailleurs âgés dispensés de la recherce d’emploi ou faux retraités, 1,26 million de RMIstes (…). Certains RMIstes étant en recherche d’emploi, on peut donc considérer qu’environ 9 millions de personnes sont en situation de sous emploi, pour une population active de 25 millions de personnes : 35 % de la population active ! » (p. 217-218). Pour un tiers des actifs français, le CDI est donc une sorte de chimère inaccessible. On en parle, on a cru l’apercevoir, mais est-ce qu’il existe encore ?

Pour autant, ceux qui l’ont trouvé n’ont pas la banane. « Une augmentation coco ? Mais tu n’y penses pas ! Qui sait de quoi demain sera fait… Les Chinois n’attendent qu’un faux pas de notre part pour racheter la France. Et puis si tu n’es pas content, relis le paragraphe précédent, il y a 9 millions d’affamés qui rêvent de prendre ta place. » S’il faut s’étonner de quelque chose après les cantonales, c’est bien du flegme des Français. Un peuple qui va dans l’isoloir pour crier merde en silence, c’est d’un chic !